Premières fois
Il y a la première fois où l'enfant qui vient de naître vous regarde. Vous êtes propulsé dans le rôle de parent, il faut faire comme si c'était naturel, évident, su de toute éternité, alors que vous n'avez aucune idée de ce qu'il faut faire en réalité. Lui, semble se demander ce qu'il fait là.
Il y a la première fois où l'enfant vous sourit, à vous en personne. Il étire la mâchoire, ouvre la bouche en grand, découvre ses gencives, ça ne ressemble à rien du tout -- mais il plisse les yeux et le haut du nez... Et cette grimasse de sourire déclenche une telle cascade de félicitations de votre part qu'elle s'évanouit tout de suite, remplacée par la surprise inquiète. Et il semble se demander s'il a vraiment bien fait.
Il y a la première fois où l'enfant ne vous réveille pas. Vous ouvrez un oeil un matin, vous vous apercevez qu'il fait jour, votre sang ne fait qu'un tour, vous vérifiez l'heure sur le réveil, vous flippez pour de bon. Puis vous regardez le bébé qui dort paisiblement à vos côtés et a, sans prévenir personne, fait "sa" première nuit. Vous attendez qu'il se réveille comme si c'était la plus belle chose qui allait arriver, et vous le félicitez chaudement, tendrement d'un tel exploit. Lui, semble se demander ce qui vous prend.
Il y a les premières fois où l'enfant tâte de la cuillère : il ne sait pas très bien s'y prendre, vous lui faites de trop grosses bouchées, il s'en met partout et essaie de la téter, comme il le ferait avec le sein qu'il a toujours connu. Vous avez l'impression qu'il n'aime pas ce que vous lui donnez parce que ses traits se déforment malgré lui au contact des nouvelles saveurs... et puis vous vous rendez compte qu'il en redemande, et qu'il participe. Il semble se demander pourquoi vous ne lui avez pas proposé ces merveilleuses mixtures plus tôt.
Il y a les premières fois où l'enfant que vous ne connaissiez jusqu'ici que comme un bébé immobile, couché et aussi actif qu'une larve, se tient assis. D'abord dans le transat, ou soutenu par des coussins, puis sur la chaise-haute entre ses garde-fous, enfin tout seul, jambes tendues et écartées, bras en croix, par terre. Vous le regardez, vous vous émerveillez de le voir grandir sans avoir rien à y faire, vous vous demandez comment le temps a pu passer si vite. Il semble se demander ce qu'il doit faire maintenant.
Il y a la première fois où l'enfant est passé de l'endroit A, où vous l'avez laissé en sortant de la pièce, à l'endroit B, où vous le retrouvez en revenant. La micro-seconde de frayeur lorsque votre oeil ne le perçoit pas exactement là où vous l'attendiez. L'infime soupir de soulagement quand vous l'apercevez à 1 enjambée de là, tout aussi étonné que vous de ses prouesses. Le sourire et l'incrédulité vous envahissent... et il semble se demander ce qu'il fait là.
Toutes ces premières fois sont uniques. Uniques pour chaque enfant. Et même répétées, toujours aussi uniques et toujours aussi magiques à chaque fois qu'elles se produisent.
Toutes ces premières fois font irrémédiablement sentir que le temps passe, et qu'on ne peut rien faire pour l'arrêter. La seule option qui reste, c'est de les manger des yeux, de vivre ça avec eux, de profiter tant que ça dure. De se promettre qu'on se grave ces souvenirs dans son cerveau, alors que non, en fait, on oublie tout.
Toutes ces premières fois font vieillir plus vite que prévu parce qu'elles font entrevoir de prochaines premières fois, qui auront le même effet.
Ma Poussinette, 1 an tout juste, s'est déplacée. De 30 cm. En restant assise.
Mais quand je vois la cascade d'émotions que ça déclenche en moi, je me demande comment je vais réagir quand elle me dira qu'elle attend son premier bébé...
11 caquetages:
sniffffhhhffff
ben à ce moment là tu pourras lui refiler l'adresse de ton blog
et elle va flipper grave
Fais gaffe, à sa prochaine téléportation, elle se retrouvera peut-être bien plus loin qu'à 30 cm de là !
(est-ce qu'elle remue le nez de temps en temps ?)
oulala ! à lire ces belles lignes, je me demande si je n'ai pas raté bien plus de choses que toi, puisque je n'ai jamais rien écrit ! et pourtant, je sais que je trouvais ça super. mais je crois que j'étais moins consciente du temps qui passe.
Mais si on y regarde bien c'est toujours la première fois. Le soleil se lève toujours sur un monde neuf, mais on ne veut pas le voir, ce serait trop déstabilisant.
c'est amusant, tout du long j'étais persuadée que tu allais terminer ton post par un truc sarcastique, ou du moins humoristique, une première vraie bêtise du dindonneau ou je sais considération rigolote sur la vie de mère... et non, rien de tout ça
mais on n'a même pas le temps d'être déçu parce que c émouvant tout plein. moi ça m'arrive d'être émue aux larmes rien qu'en entendant un rire de petit enfant, tu sais, ces petits hoquets plein d'abandon... ben qu'est-ce que ce sera quand j'entendrai ceux de mes enfants à moi !!
Ce texte est si beau:plain-chant,"Partage de Midi"...Merci pour toutes ces bonnes nouvelles!
C'est un très joli texte.
Moi aussi, j'étais très émue de voir Numérobis se déplacer tout seul. Et son papa a cru que j'exagérais la prouesse.
merci bismarck :) (je suis assez contente, pour une fois, d'avoir réussi à mettre précisément les mots adéquats sur mes sentiments, ce n'est pas fréquent...)
je trouve aussi que les papas ne voient jamais les choses de la même façon que nous. par exemple, le papa de la poussinette est convaincu que c'est un grave problème si sa fille de 1 an ne se déplace toujours pas. alors que moi je me dis (je sais) que ce n'est simplement pas encore son heure...
lilousse, des fois je me laisse aller faut croire... ma vraie nature est sans doute entre les 2 pôles : sentimentale vs. ironique. un peu des deux...
moukmouk tu as entièrement raison, mais c'est avant tout une question d'échelle : quand ma fille fait 1 pas, c'est tout un bouleversement. mais quand la ville se réveille tous les matins, avec une lumière différente, etc., on ne peut noter ce bouleversement que si on y est disponible.
greluche, je vais y faire attention, tiens. le nez qui remue... :)
Si elle a bougé,c'est qu'elle bouge:une de ces La Palissade bien de chez-nous.Molière n'aurait pas dit autre chose...Courage!çà y est!
La mienne se déplace aussi, mais je ne saurais pas vraiment dire COMMENT!
Par contre, elle fait des beaux dessins, et après elle prend sa feuille, la tient à la verticale devant elle, fait un grand sourire en constatant son chef-d'oeuvre et pousse un gros soupir de satisfaction!! C'est trop touchant!
(et il nous restera toujours les dessins!)
^^
eh dis donc, tu as réussi à me faire pleurer !
le temps qui passe m'a toujours effrayée, mais depuis la naissance de mon fils, c'est pire que tout, je voudrais retenir chaque moment, j'ai peur que ça aille trop vite ! Cinq mois déjà et moi je ne me suis toujours pas habituée à ce bonheur là…
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