mercredi 18 novembre 2009

J'ai développé une théorie ces derniers temps

(attention, billet très "me myself & I")

La théorie en question, c'est qu'il y en a toujours un parmi les plus jeunes d'une fratrie nombreuse (mais en général pas le dernier) qui développe un complexe de "tout faire pour se faire remarquer".

*****

J'ai été éduquée à la politesse, la serviabilité, l'empathie. Dire de façon automatique oui madame, non madame, merci madame, au revoir madame, mais je vous en prie madame... Sauf que ça me donne aujourd'hui la curieuse impression que ce vernis m'empêche d'être "réellement moi". La couche de politesse-empathie-serviabilité est tellement épaisse que je commence toujours par faire fi de ce que je pourrais réellement penser d'une situation donnée pour, à la place, essayer de *comprendre pourquoi* (empathie) ça se passe comme ça / Untel dit ça, donner par définition raison aux forces en présence (politesse), et éviter une remise en question qui pourrait -- qui sait -- être dévastatrice (serviabilité).

J'ai aussi grandi avec une image de moi que je ne trouvais acceptable que quand j'étais officiellement déclarée "parmi les meilleurs". À l'école j'étais dans la bonne moitié, voire dans les premiers de classe. À cheval quand l'instructeur corrigeait un autre, j'appliquais ses recommandations sur ma personne. En piano j'haïssais faire une fausse note, ça me donnait des sueurs. J'ai passé des concours. Etc. Je faisais ce qu'on me disait, et par orgueil je le faisais bien. Aussi bien que possible en tout cas. (oui bon, les maths j'ai tiré un trait dessus assez vite) Perfectionniste-chiante et exigeante-intransigeante envers moi-même.
Tout ça pour aller à la pêche aux compliments. Je me souviens de "non-paroles" de façon tellement aigue que c'en est ridicule : quand ma grand-mère venait nous admirer à nos diverses activités extra-scolaires les quelques fois qu'elle était en visite chez nous, et qu'après la séance elle ne me disait pas "j'ai vraiment trouvé que tu étais la meilleure", mon monde s'écroulait. Je me suis auto-dressée à être la meilleure (attention, pas à sortir du lot, à être la meilleure !), et je sais qu'en société je favorise/recherche toujours une constellation où, en cas de coup dur, je pourrai facilement faire sortir 1 ou 2 compliments.

C'est une maladie.
(Mais après tout, une maman a parfois besoin de compliments aussi... nan ?)
(et puis d'abord, je dois pas être la seule...?)

*****

Récemment j'ai fait une expérience douloureuse mais au final intéressante. Nous étions en groupe, il s'agissait, sous la baguette de quelqu'un d'extérieur à ce groupe, de décider ensemble qui fait quoi, qui a quelles responsabilités, qui a quel pouvoir de décision sur quel sujet. Tout le monde était pas mal d'accord sur tout, sauf sur un volet desdites responsabilités (qui devait les prendre), où il y avait un truc sous-jacent, assez inconscient, mais présent tout de même, comme un fantôme. On tournait tous autour du pot, sans arriver à décider harmonieusement de quoi que ce soit, en essayant d'en venir à des compromis qui jamais ne satisfaisaient tout le monde.
Sans entrer dans les détails, il y a eu un moment où ma coupe d'empathie-politesse-serviabilité a été tellement pleine que l'argument suivant soulevé dans la discussion (me rappelle plus quoi exactement) l'a fait déborder, j'ai éclaté, furieuse, puis je suis sortie en larmes parce que quand je suis furieuse c'est ça qui m'arrive.
Sur le coup j'étais honteuse d'avoir été celle qui n'avait pas su se tenir, celle qui fait du "sentimentalisme" comme me disait mon père quand j'avais 12 ans, celle qui ne donne à personne des raisons de lui faire confiance puisque quand la pression s'accentue elle s'écroule... ça c'était ma vision des choses. Mais pendant que j'étais dehors, le fantôme, que je venais involontairement de soumettre à la dissection sur la table commune, était en train d'être discuté... et a fini par être réglé.

Quand j'ai reparlé de tout ça avec le fameux modérateur de la discussion, cette personne, extérieure donc mieux capable de voir les courants interpersonnels de façon objective, m'a fait remarquer que c'était justement cette crise qui avait mené à la résolution du problème. Selon elle, non seulement c'était nécessaire, donc inévitable, mais en plus elle estimait que le fait d'avoir inconsciemment accepté d'être le déclencheur de cette crise était quelque chose dont le groupe en lui-même finirait par (inconsciemment toujours) me remercier.

En gros, la personne a retourné mon sentiment de honte en l'idée que c'est peut-être ça que je suis : peut-être que le fait que je réagisse parfois si violemment à des choses apparemment anodines, c'est que je fonctionne comme une éponge, qui absorbe les émotions des autres pour les exprimer à leur place. D'où sans doute le côté maladroit de l'expression desdites émotions... Tout ça caché sous le vernis politesse-serviabilité-empathie, qui est tellement épais chez la bonne fille aînée que je suis que je n'étais même pas consciente de l'existence de cette éponge intérieure.

*****

Dernièrement j'ai été confrontée 2 fois, à quelques semaines d'intervalle, à quelqu'un avec qui nous avons à chaque fois parlé du même sujet, à savoir le bilinguisme / élever des enfants en 2 langues. La première fois je me suis sentie limite attaquée, parce qu'il me demandait "et pourquoi donc tu ne leur parles pas en 2 langues à tes enfants", l'air de dire que franchement c'est tellement simple, faudrait quand même être sacrément paresseuse pour ne pas le faire.

Pour ceux qui ne suivent pas, j'ai parlé allemand pendant plus de 3 ans avec les enfants, avec le résultat qu'à 3 ans 1/2 passés mon fils ne se faisait toujours pas comprendre par des gens extérieurs à sa famille (et même la plupart du temps par son propre père) ni dans une langue ni dans l'autre.
Le tableau familial étant ce qu'il est j'étais la seule à parler cette langue malgré que je comprenne et parle parfaitement le français, bien mieux que l'allemand en fait. C'était donc un effort pour moi, surtout quand le gamin se met à te demander comment ça s'appelle "ça", et que "ça" tu sais bien que c'est une moissonneuse-batteuse ou un camion-citerne, mais tu devrais d'abord regarder dans le dico pour savoir le mot allemand. Bref.
Au bout de plus de 3 ans, j'ai fait un pas dans sa direction pour l'aider à fixer UNE langue au moins. Le fait est, j'en conviens, que c'est aussi infiniment plus facile pour moi au jour-le-jour de ne parler qu'une seule langue. J'ai déjà écrit ça quelque part.
Sur le coup, j'ai eu beau me sentir extrêmement mal à l'aise de devoir défendre mes choix de vie face à un étranger, j'ai sorti mon bouclier politesse-serviabilité-empathie et j'ai essayé non pas de le convaincre mais de lui faire voir les choses de mon point de vue. Peine perdue semble-t-il, puisqu'il revenait tout le temps à la charge (chez lui c'est facile, lui ET sa femme sont allemands, donc il y a clairement la langue de la maison vs. la langue de l'école, pas d'incompréhensions, les limites sont évidentes, et puis ils ont beau bien parler le français, pour eux la langue naturelle c'est l'allemand, et ils ne se voient pas parler à leurs enfants ou se parler entre eux autrement qu'allemand. Rien à voir avec chez nous quoi.)

J'ai fini par devoir trouver une excuse pour me tirer.

Hier soir, rebelote. La même personne. Le même sujet. Cette fois sous un autre angle : quelqu'un avait dit juste avant qu'il avait lu que des gens qui grandissent dans un univers parfaitement bilingue (où aucune des 2 langues n'est abandonnée ou négligée pour une raison ou l'autre) ne maîtrisent finalement aucune des 2 langues à la perfection.
J'ai semble-t-il eu le tort de dire que j'étais d'accord avec ça : paf je me suis retrouvée à me faire attaquer pour être d'un avis qui n'était pas le sien, "il y a tellllllement d'études qui disent le contraire, tu ne peux quand même pas prétendre avoir raison contre les Scientifiques, moi je me considère comme bilingue (anglais-allemand ndlr) et je parle aussi parfaitement une langue que l'autre, je connais tellement de gens qui sont dans ce cas, et même avec 3 langues" etc. etc. L'argument qu'il y a toujours une langue dite "maternelle" (celle dans laquelle on compte) qui est plus forte que l'autre ; l'argument qu'une école de formation d'interprètes te demande toujours quelle est ta langue forte, et que si tu n'es pas capable de le dire, tu ne peux pas devenir interprète ; l'argument qu'il y a toujours une langue dans laquelle tu seras plus à l'aise si la conversation part dans une direction que tu ne maîtrises pas ; l'argument que même chez ses enfants il y avait une différence nette entre l'étendue des champs lexicaux dans leurs 2 langues... rien n'y faisait.

*****

Ces multiples épisodes mis côte-à-côte me font penser plusieurs choses :
1- Le type en question est l'avant dernier d'une gigantesque fratrie -- cf. ma théorie ci-dessus : faut qu'il se fasse remarquer, faut qu'il brille, qu'il pérore, qu'il domine dès qu'il en a l'occasion. D'ailleurs bon sang ne saurait mentir, il est prof de philo. Facile de dominer. (je ne dirai pas ce que je pense de son ouverture d'esprit mettons)
2- Ces Européens qui se sentent toujours coupables de l'avis contraire qu'émet leur interlocuteur, et se font un honneur de le faire changer d'avir, sans même essayer d'accepter qu'on puisse voir les choses autrement, de façon tout aussi respectable... (je le sais bien, j'étais dans le même cas)...
3- L'aggressivité que je ressentais, hier et la première fois que nous nous sommes parlé, c'était au moins autant -- si ce n'est plus -- la sienne que la mienne : à bien y réfléchir, avoir quelqu'un en face de toi qui te dit que non seulement ce que tu fais est super dur, mais en plus malgré tous tes efforts tu ne parviendras jamais à ce rêve impossible que tu caresses, ça peut sembler aggressant. La meilleure défense étant l'attaque...
4- Mais en même temps... moi aussi je me suis sentie attaquée à l'effet que oui, j'ai échoué avec les 2 langues de mes enfants. Lamentablement, paresseusement échoué. À quel point suis-je donc "freak" pour toujours me devoir d'être "meilleure que" dans un groupe pour me sentir bien, et dans le cas où mon interlocuteur me fait réaliser qu'en fait je suis très médiocre, je ne le prends tellement pas que je passe mon temps à me justifier de mes choix dans l'idée que je vais lui faire comprendre.. mais avec le résultat que je ne fais que m'enfoncer dans mon sable mouvant de médiocrité.


Et vous, vous faites quoi quand vous vous sentez attaqués sans raison apparente ? (mis à part ne pas l'écrire sur un blogue pour ne pas tendre la perche... ahem...)

mardi 17 novembre 2009

Lettre à mon fils le jour de son 5e anniversaire

Mon crapaud,

Là je dois t'avouer que j'hésite.
J'hésite entre un ton sarcastique et amusant, du genre de celui qui me ferait te signaler que c'est peut-être ton 5e anniversaire mais c'est aussi le mien, et que ça hein, personne il a pensé à me le souhaiter et c'est bien désolant. Ou alors le ton nostalgique et larmoyant, qui me ferait me demander ce que j'ai bien pu réaliser comme exploit dans une vie antérieure pour avoir droit à un rayon de soleil comme toi dans ma vie. Alors comme j'hésite, ce ton, on va le découvrir ensemble.

Cette année a été celle d'un des Grands Commencements de la Vie : l'école. Tu es un fan de l'école. Tu respires école. Tu penses école. Tu joues école. Tu cours école. Tu dors école. Tout ce qui n'est pas l'école est par principe nul, à commencer par le week-end. (Je redoute le moment où tu vas comprendre le concept de vacances scolaires.) Pour tâcher de pallier cette nullité intrinsèque et absolue, je me fends le c prends en main depuis la rentrée à vous amener, tous les samedis matins, religieusement, à la bibliothèque. J'espère que tu mesures le dévouement maternel que ça suppose : habiller tout le monde, récupérer les livres empruntés la dernière fois (note à nous-mêmes : essayer de les garder tous au même endroit, et voir à ce que la soeurette adorée ne les fiche pas sous les canapés comme euh, samedi dernier au hasard, où pour le coup vous avez été privés de bibli), se mettre en route pour le trajet aller, 30 minutes à pied, rester sur place 2-3 heures, sortir de là et aller manger une crêpe à 3 parce que les ventres gargouillent méchamment à 14h, et rentrer en bus. Au final je crois que tu retiens surtout le bus, mais je ne me formalisere pas encore.

Et d'ailleurs l'école c'est autant de découvertes pour moi : constater, en tant que maman, que ton fils en sait plus que toi, c'est une sacrée séance de vertige. Où sont les toilettes, le frigo commun, les rangements de tuques, la classe d'An*nie. Qui est cette madame, et ce bureau-là maman tu sais, c'est celui de MonsieurDirecteur. Le déroulement d'une journée de classe avec ta maîtresse ton enseignante, les périodes de la routine quotidienne (causerie - collation - activité "de prend' sage" (apprentissage) - causerie), les rôles tournants de chacun (ranger les livres, porter les présences au secrétariat, distribuer les collations, fermer la lumière). Les choses que tu apprends et que je n'aurais jamais eu l'idée de t'expliquer à ton âge si tendre (c'est quoi les intestins, trèèèèès intéressant).

Cette année a été pour toi et pour nous celle de la Politique et des Réunions. Il est où papa ? il est en réunion. Pourquoi ? Pour discuter. Avec qui ? avec ses amis. Il discute de quoi ? De la politique municipale en vue des élections au suffrage universel à un tour. Ah. (oui tu aimes bien qu'on te cause compliqué, ou en tout cas si tu n'aimes pas moi j'adore parce que ça te mouche pour quelques minutes) (comme dit ton arrière-grand-mère, tu as un certain "besoin de partage verbal" pour dire le moins)

À 5 ans tu fais tomber toutes les filles que tu croises (notamment les amiEs de papa, et même une stagiaire de mon bureau récemment qui me disait qu'elle allait t'embarquer dans sa valise quand elle retournerait chez elle), laisse-moi te dire que j'appréhende un peu l'adolescence et que je t'espère plus d'aise avec toi-même que je n'en avais avec moi-même à cet âge-là.

À 5 ans surtout tu es toujours aussi adorable. Oh il y a bien des matins de mauvais poil, des soirs de mauvaise volonté, des bras qui se croisent, des sourcils qui se froncent, des regards noirs. Des portes qui claquent aussi. Autant de situations que je ne sais pas aborder, où tu me fais perdre mes moyens parce que j'ai beau dire qu'on parle mieux avec des mots qu'avec des gestes ou des poings, je suis la première à ne pas les trouver, ces &?%$# mots dans des situations stressantes et tu le sens bien -- pour ça tu tiens de moi. Il y a des jours comme ça.

Mais il y en a tant d'autres, il y a tant d'autres moments où tu me désarmes par ta gentillesse : revenir dans la salle à manger pour trouver une table débarrassée (la cuisine par contre euh...), entrer dans le salon et t'entendre expliquer patiemment à ta soeur comment on manie la souris de l'ordinateur (et à un moment elle met tout en mandarin ancien et plus personne est capable de retrouver ses choses), arriver dans ta chambre et te trouver tout habillé (même plus de trucs à l'envers, mais par contre 2 chandails superposés sur 2 chemises c'est mieux pour l'hiver, j'en conviens), lambiner dans le canapé ou sur ma chaise en fin de repas et sentir ta tête venir se poser sur mon épaule comme ça, pour rien, juste 12 secondes (avant d'aller voir s'il n'y aurait pas des voitures intéressantes ailleurs).

Pour faire bonne mesure, malgré tant d'application à bien faire tu es toujours la même tête de mule à table. Ta dernière invention est la guerre par la lenteur : tu ne commences à manger que quand tu vois que les autres ont fini et ne se sont pas empoisonnés. Le mahleur c'est que tu aggraves ton cas parce que du coup comme nous ne sommes plus concentrés sur notre assiette, tu as 2 fois plus de pression pour finir "vite", "alleeeez, maaaange". Ah c'est sûr que pour le yaourt ou le pain ça y va, mais la soupe moulinée avec amour et remplie de fromage râpé, les patates juuuste à la bonne température et même parfois parsemées de beurre, les 4 ou 5 morceaux de légumes trucs immangeables que tu dois finir, pour ça ya toujours des réserves de résistance.
(Cela dit l'année qui vient de s'écouler a vu un grand pas en avant : tu avales maintenant de la patate. Pas vraiment de bon coeur, et après avoir repoussé l'échéance jusqu'aux dernières limites. Mais tu l'avales. Alleluia.)

Mais comme j'ai toujours dit à ton père : il bouffe pas ? fort bien. Tant qu'il grandit et qu'il nous laisse dormir.
(ah oui et alors là j'ai quand même un truc à dire : faudrait peut-être qu'il dorme lui aussi. Non mais parce que des cernes pareils, je croyais pas que c'était possible avant mettons euh, le bac.)


Bon anniversaire mon grand. Finalement cette lettre est restée hésitante, et elle contient surtout beaucoup trop de parenthèses. Mais une chose est sûre : je t'aime de tout mon coeur, et jamais je n'aurai cru qu'il puisse aimer si fort.

lundi 16 novembre 2009

Pour ses souvenirs d'ancien combattant

À l'école chacun a ses tâches, en roulement. Des fois tu dois ranger les jouets, des fois tu dois fermer les lumières, des fois tu dois aller chercher les collations pour les z'amis dans le frigogidaire. Ce machin-là est une armoire à glace (c'est le cas de le dire) de 2m50 de haut, le genre de truc qu'on verrait bien dans une cantine industrielle. D'ailleurs il n'a pas trouvé de place ailleurs que dans le gymnase.

**

Cahier de liaison, ce jour : point rouge -> froncement de sourcils qu'est-ce qu'il a bien pu faire encore.

De l'autre côté de la page, l'explication - immédiatement suivie d'un énorme éclat de rire :
"(Dindonneau) est responsable d'aller chercher les collations pour toute la classe dans le frigidaire, mais il n'a pas le droit de s'enfermer dedans !"


Maintenant je me tâte : il semblerait que l'idée ne soit pas venue de lui... et surtout... dois-je avouer à la maîtresse à quel point nous nous sommes bidonnés ??

mercredi 11 novembre 2009

Ça s'en va et ça revient

(haha, et maintenant vous l'avez dans la tête, huhu)

En fait plus la vie avance, et moins j'ai l'impression de pouvoir la raconter ici. Les enfants sont le seul sujet sur lequel je n'aie (presque) pas de limites, ou en tout cas le seul sujet qui, pour le moment, ne me pose pas de grands problèmes de conscience quant à la liberté que je me donne d'en parler.

Mais le reste... et notre vie est en ce moment beauuuucoup composée du reste... nos interrogations, nos préoccupations... tout ce reste-là doit franchir un nombre incalculable de frontières psychologico-éthiques avant d'avoir voix au chapitre. Et au final, ne l'a quasiment jamais.

Du coup je ne parle pas de notre engagement politique, qui pourtant occupe -soyons honnête- la quasi intégralité de nos soirées une fois que les enfants sont couchés. Même après les élections, sisi.

Du coup je ne parle pas non plus de mon travail (et même pas de celui du papa, et pourtant dieu sait s'il y en aurait long à dire...) alors que présentement ça me laisse pas mal frustrée sur plusieurs plans. Ok comme dirait l'autre tu peux pas tout avoir, là en ce moment au niveau contenu c'est pas trop pire, ya des événements à préparer, des deadlines à respecter, des gens à harceler gniark gniark, des choses à déléguer etc. Alors faut bien que ça pèche quelque part. Mais croyez-moi ça pèche, et pas à peu près. Quand tu t'aperçois que ni ton statut (de merde) ni ton salaire (de double merde) ne vont changer dans les mois qui viennent pour des raisons qui t'échappent alors que tu sais qu'ils savent (et acceptent) que *quelque chose doit* changer... il y a de quoi devenir chèvre.
Le seul avantage que j'ai ici par rapport à mon ancien cauchemar on va dire, c'est que j'ai un bon patron, avec lequel il fait bon échanger, même sur des sujets aussi délicats que ça.

Alors en-dehors de constater que pour je crois la première fois depuis que nous sommes ici ce n'est pas la question "ici vs. là-bas" qui nous taraude... signe que ma foi nous y sommes finalement fort bien et fort chez nous, "ici"... il n'y a pas grand chose qui arrive à me refaire voir les choses sous un jour positif ces temps-ci.

Le résultat c'est que je suis une boule de nerfs sur mon vélo le soir, qu'au bout de 20 minutes j'arrive à la maison en sueur alors qu'il fait quoi, 10 degrés grand maximum, et que je rêve de me passer les nerfs sur quelque chose.



Hein ? vous dites ? ...

Pas les enfants ?

Ah ok.
Je vais me garder à l'oeil alors. ;)

dimanche 8 novembre 2009

Mes enfants me parlent (24)

Souper.
De soupe.

Fille a tout fini façon aspirateur et reluque les clémentines tout en rêvant à un éventuel yaourt qui pourrait potentiellement couronner un complément de pain. (oui cherchez pas, on en est à se demander si elle possède le sens du goût)
Fils, pour pas changer, renâcle, joue avec sa cuillère, touillote dans son assiette l'air pas convaincu.

père - Allez, mange ! La soupe ça fait grandir, Caillou et Samsam et les pompiers, tous ces gens-là ils mangent de la soupe pour être forts. La soupe c'est très bon pour les garçons.

fille, 3 ans 1/2, tac au tac - Mais c'est pas bon pour les filles d'abord.

mardi 3 novembre 2009

Bon, ça c'est fait (petites histoires en vrac)

(photo du site de Projet Mtl)
Les élections je veux dire.
Grosse saison pour notre petite maisonnée, avec un papa perpétuellment par monts et par vaux, en réunions et "compte-à-portes", et une maman qui gardait le fort le temps que l'ouragan passe, en se rongeant les sangs au moins autant que tous les autres militants. On va dire que j'étais sur le terrain à ma façon.
Et les enfants qui jouaient à "l'école c'était cool, mais maintenant c'est fini je vais à une réunion, salut maman !" (ladite réunion se passant entre les 2 portes d'entrée (fermées) avec foultitude de peluches et bordel généralisé, le tout en anglais yaourt barbare "nous on parle anglais maman")

Comme depuis la rentrée nous sommes en panne de bbsitter régulière, ça a signifié pas mal de bbsitters différentes pendant quelques semaines. Or j'ai à ma disposition au bureau un bassin quasi inépuisable de volontaires (des stagiaires... le nombre de boîtes qui couleraient si les stagiaires n'existaient pas...), et maintenant je me fais dire des choses par ma fille.
Comme ce matin, vers la garderie :
- Moi tu sais maman, je m'appelle T. (nom de la dernière) et j'ai des looongs cheveux noirs et je suis PLUS GRANDE QUE TOI (caractéristiques physiques indéniables de la dernière). Et en plus tu sais maman, T. elle sait faire des gateaux, elle. (prends ça dans les dents)
Car oui la charmante enfant était venue avec son mètre 98, sa natte de 12 kgs et ses recettes, et avait occupé ma marmaille chérie à faire de la pâtisserie toute la soirée. Marmaille qu'elle a donc conquise le temps de le dire, facile vu que moi j'haïs ça cuisiner/pâtisser avec eux. Et que ça en met partout, et que ça se dispute pour casser les oeufs, et que les bouts de coquille tombent dans le bol, et que ça couine pour lécher, et que ça hurle au moment d'enfourner... mon cauchemar.
Je crois que je préfère encore leur lire des histoires.

Enfin ça, c'est quand je ne m'endors pas, genre l'autre jour où j'avais décidé de passer 1 soirée de "quality time" avec mes mômes, je m'installe confortablement dans le canapé avec 8 (HUIT !!) livres sur les genoux, livres qu'ils avaient soigneusement choisis auparavant. Je commence... et au milieu du premier... la mouche tsé-tsé me pique.
Mais quand je vous dis que "je m'endors" c'est pas "je bâille et j'ai du mal à me concentrer" hein. C'est "ma tête s'écroule sur le dossier, mes yeux se ferment malgré moi, mes mains lâchent le bouquin".
Et mes enfants me secouent pour me réveiller.

En. Plein. Milieu. Du livre.
(ça a continué pendant 4 ou 5 bouquins après. Je ne sais pas comment je les ai lus, ni ce que ça donnait. Mais en les relisant après (un jour d'activité cérébrale) j'avais l'impression de ne les avoir jamais ouverts.)

jeudi 22 octobre 2009

Coup de foudre

Hier soir, j'arrive à l'école pour chercher le fiston, que je vois tourner en rond à grandes enjambées dans la cour, le regard vissé par terre, les mains dans les poches, visiblement contrarié. Il n'accourt même pas vers moi quand il me "spotte", du coup je me pose des questions.
(en réalité j'aime autant ça plutôt que le cri hystérique qu'il pousse chaque jour à ce moment-là, mais on va dire que c'est pas normal...)

- Bah alors, t'es fâché ? (surtout ne pas commencer par "triste", sous peine de voir tout de suite jaillir les larmes)
- Non.
- Tu t'es fait chicaner ?
- Non.
- T'es triste alors ?
- Non. (ah ouf.)
- Bah qu'est-ce qui va pas mon grand ?
- Je sais pas.

Hem. Comment continuer.

- Tu vois la fille là-bas maman ?
- Oui, elle a un beau manteau rose didonc.
- C'est mon amie.
- Ah oui ? elle est gentille alors ?
- Oui.
- Et comment elle s'appelle ?
- Je sais pas.
- Tu sais pas ? Mais c'est ton amie ? Tu as oublié ?
- Non. Je sais pas.
- ...
- Est-ce qu'elle est dans ton groupe de peinture ?
- Non.
- Ah, alors tu as joué avec elle dans la cour ?
- Non.
- Ah bon ! Mais comment tu la connais alors ?
- Je sais pas. C'est mon amie. Comment elle s'appelle, maman ?
- Ben là ! Si tu sais pas, moi je peux pas savoir non plus. Tu veux pas aller lui demander ?
- Ah oui, t'as raison !

Il part en courant. La fille en question joue avec 2 copines. Le bonhomme s'immisce quasi de force dans leur petit groupe et semble devoir insister, mais finit par revenir en courant.

- Maman ! Elle s'appelle Lo*ria*na !
- Ooh comme c'est joli !
- (la petite, très jolie et souriante, a suivi le Dindonneau qui est maintenant réfugié derrière moi) Hé qu'est-ce que tu voulais savoir ?
- ...
- Ben il voulait connaître ton prénom. Il est très joli ! (grand sourire de l'intéressée) Tu es en maternelle ?
- Non, en première année !
- Ah wow, tu es grande alors !
- Oui, je vais avoir 7 ans, ma fête c'est au mois de mai !
- Ooh, tu as 6 ans et demi alors. T'es vraiment grande, hein bonhomme ?
- (et là je vois mon fils qui s'avance timidement, essaie de jouer le sûr de lui, bombe le torse et se fait aussi grand qu'il peut) Ben moi tu sais je vais avoir bientôt 5 ans là !
- (elle) Ah.
- ...
- Bon, ben salut !


Hem. Comment dire.
Comment on explique le concept de coup de foudre à un gamin de 5 ans ???

samedi 17 octobre 2009

Petite montée de lait ?

Allez, petite montée de lait.

Lisez ça. Et notamment les commentaires.

J'ha.llu.ci.ne.

Non mais quoi.

"je ne suis pas portée spontanément à faire confiance à une ado de 15 ans." Pardon ?? Alors, remettons-nous en contexte, quand nous avions 15 ans : étions-nous de folles écervelées piaillant à la moindre occasion ? En groupe peut-être (je dis bien peut-être). Seule, certainement pas.
À 15 ans, on n'a qu'une seule envie : que les gens vous prennent au sérieux. Alors on prend les moyens pour.

"je veux savoir si elle est capable de préparer un repas. (...) Ça m'intéresse de connaître les jeux qu'elle aime faire avec les enfants." Bon je dois être une fille pas normale alors : je prépare la bouffe qu'elle sera chargée de leur enfourner, et la seule chose que je lui demande c'est, après la fin du film, de surveiller le brossage de dents et faire faire pipi avant le coucher, "pas trop tard". Limite je lui prépare un truc à bouffer à la gardienne aussi. Des fois. (ok pas souvent)
(je rappelle à toutes fins utiles que mes enfants ont 3 et presque 5 ans, et qu'ils se font garder en moyenne 1 fois par semaine depuis 2 ans)


"As-tu déjà passé une soirée sans chatter?" Euh ? Est-ce que ça la regarde, la maman qui confie ses enfants, de savoir ce que la gardienne fait de ses soirées privées ?? En l'occurrence s'il fallait poser une question de ce type ne serait-ce pas plus judicieux de demander "as-tu déjà commis un abandon de poste pour chatter ?" et à ce moment-là pof c'est magique, on se rend compte à quel point la question est démesurée.


Mais les commentaires sont presque pires.

"quand je compare une ado de 15 ans avec moi au même âge il y a 10 ans... me semble que j'étais moins nunuche." ah ben oui c'est sûr, c'était mieux *avant*. C'est toujours mieux *avant*. Les profs vous le diront. Les élus vous le diront. Les assistantes sociales de tout acabit vous le diront. *Avant* le monde tournait tellllllement mieux, le monde d'aujourd'hui est telllllllement plus fou ça a pas d'allure. D'ailleurs tiens, ça a tellement pas d'allure qu'on va pas s'adapter pantoute. Non, ya pas de raison. On a grandi dans le monde d'hier, on veut continuer à vivre comme à l'époque. On n'a auuuuucune responsabilité dans le fait que le monde a changé pensez-vous. Il a changé sans nous, alors on boude maintenant.

"J'ai gardé pour la première fois alors que j'avais 11 ans. La petite fille (...) avait seulement 10 mois. Aujourd'hui (...) je me demande sincèrement à quoi pensait la mère en question pour laisser un si jeune bébé dans les mains d'une enfant pour toute une soirée!!!" -> Ben criss elle avait besoin de sortir, et à 10 mois, le programme de soirée d'un enfant c'est biberon-dodo. Pas bien méchant. J'ai gardé 3 enfants de moins de 4 ans toute seule quand je devais en avoir 12 ou 13 maximum, et notamment une fois pendant une soirée de gastro généralisée. Je m'en suis très bien sortie, et eux ont survécu, quel miracle.

"J'ai été obligé d’en utiliser une (gardienne) cet été qui avait 17 ans et à ma grande surprise elle était très sérieuse et attentionnée avec les enfants."
WOW.
NO.
COMMENT.


Bon heureusement ils (elles !) ne commentent pas toutes dans ce sens-là, mais rien que ces quelques morceaux choisis ça me donne juste la nausée de voir tant de courte-vue. Quand leurs filles à elles vont être "en âge" de garder d'autres enfants, elles seront bien contentes de voir que d'autres parents leur font confiance !


Donc, moi la parfaite folle de service, comment je choisis une gardienne :

  1. elle est recommandée par quelqu'un -- amie, voisine, amie d'amie, ancienne gardienne, collègue de bureau, qu'importe : on me l'a conseillée. Et encore... la seule exception que j'aie faite à cette règle jusqu'ici (petite annonce), la fille était la meilleure perle que nous ayons jamais eue.
  2. je la fais venir chez moi ou je la rencontre quelque part en présence des enfants : si c'est eux qu'elle regarde en premier, c'est bon.
  3. je lui pose quelques questions mais uniquement sur le ton badin de la conversation, pas en mode questionnaire. Et surtout, la question la plus importante c'est : est-ce que tu as des frères/soeurs/cousins plus petits que toi. Si elle dit oui, c'est qu'elle saura s'y prendre.

À part ça ?
Je fais confiance*.
Mon mari dirait sans doute trop et à trop de personnes dont je ne peux pas être sûre, mais c'est mon lot, j'ai confiance en la bonté et l'intelligence des gens que je rencontre. Ça me perdra, je sais.
J'ai fait garder mes enfants la première fois quand nous venions d'emménager ici, Poussinette n'avait donc pas 18 mois et le Dindonneau, à pas encore 3 ans, parlait de façon farpaitement inintelligible. (et là je ne compte pas les soirs où j'avais laissé le babyphone à la voisine du dessus, enfants de 2 ans et 6 mois)

Jetez-moi la pierre.


* Je me souviendrai toute ma vie de maman de ce que disait la mienne (de maman) quand une amie lui avait confié sa fille ultra-super-méga-allergique-à-tout, pour 10 jours entiers. Sachant que ma mère avait déjà nous 5 à la maison, et une vie quotidienne passablement remplie donc. Pour brosser le tableau rapidement, la petite en question (5 ou 6 ans max) était tellement allergique qu'elle devait dormir avec une machine qui l'aidait à respirer si je me souviens bien. Elle devait faire des inhalations quotidiennes de trucs et de bidules, pouvait quasiment rien manger de "normal", acariens, foin, poils d'animaux, tout y passait. (Chez nous les chambre d'enfants étaient en moquette (!) et on allait tous au poney-club le mercredi (!).)
Bref. La petite se retrouve chez nous avec tout son attirail, et moi je demande à ma mère si ça ne l'inquiétait pas un peu tout ça. Réponse ? "Si sa mère à elle a suffisamment confiance pour laisser sa fille, c'est qu'il n'y a aucune raison que ça se passe mal."

jeudi 15 octobre 2009

Le temps qui reste

J'ai une relation de plus en plus bizarre avec les photos.

Bon, évidemment comme toute mère qui se respecte, j'ai environ 1335 ans de retard dans mes albums photos. C'est terrible, et c'est la faute au numérique, où on est tout le temps en contact avec des photos, de partout, de tous les moments qu'on veut, l'impression d'ubiquité alors que c'est tellement furtif... Depuis 1 an, je fais systématiquement tirer ce qui se trouve sur la carte mémoire de notre appareil avant de la vider. Mais bon, du coup c'est le pochettes photos qui s'accumulent à droite et à gauche.

Non, c'est surtout avec les photos de gens que je reçois régulièrement d'Europe, des gens que je n'ai pas revus depuis des années, des gens pourtant avec qui j'ai grandi, avec qui j'ai joué, quand nous portions encore des culottes courtes et que les grosses lunettes ou le sssseveu sur la langue étaient le trait particulier d'Untel ou autre.

De temps en temps, il y a des réunions de famille, à la faveur d'un mariage ou d'un baptême, et quelques jours après je reçois un lien vers un album en ligne. Et je clique. Et je joue à repérer les visages.

Et je me perds.

Parce que ceux que je cherche sont là, et en même temps ils ne sont plus là. Ceux que je cherche ont les traits que j'avais connus, mais ce sont d'autres personnes : ce sont des adultes. Les enfants, les adolescents qui sont restés dans ma mémoire, sont bien là sur les photos. Mais ce sont les adultes des photos d'hier. Et les adultes des photos d'hier sont maintenant les vieux des photos d'aujourd'hui.

Les cheveux gris de la tante X. La nouvelle couleur de la cousine Y. L'appareil auditif de l'oncle Truc. La barbe du cousin Machin, la calvitie de son frère. Tout ça me donne le vertige. Ce sont des enfants que ma mémoire cherche, et je tombe sur des adultes qui ressemblent aux parents qu'ils avaient. À chaque visage déchiffré, à chaque morceau recollé, je tombe dans le vide.

C'est infiniment plus facile de catérogiser les gens qu'on a "toujours connus comme ça". Les adultes de mon enfance, c'est toujours des adultes. Les vieux de mon enfance, pour ceux qui restent, sont toujours des vieux. Tout ce monde est un peu plus gris, un peu moins décolleté, un peu plus courbé.

Mais les enfants de mon enfance ont changé de camp : ce sont des adultes maintenant.

Ce qui veut dire que non seulement les adultes d'autrefois sont en train de passer chez les vieux, mais aussi -mais surtout- que moi aussi, je suis de l'autre côté maintenant.

Alors que bon, on s'entend : dans ma tête j'ai à peine dépassé la 20aine et je me demande régulièrement quand est-ce que la vraie maman de toute ma maisonnée va revenir prendre les choses en main.


Si ça se trouve, un jour, je ne regarderai plus les albums photo.

vendredi 9 octobre 2009

Non non, pas de formation

Tu apprends sur le tas. Le métier de parent je veux dire. De parent d'élève plus précisément.

Et comme de bien entendu, ça s'apparente beaucoup à ce que tu tâches de te faire entrer dans le crâne depuis que ton rejeton accompagne tes jours et tes nuits, tes pensées les plus profondes et tes soucis les plus récurrents (comme la bouffe au hasard).

À savoir : ne jamais, jamais, jamais croire qu'une situation stable le restera. Toujours rester sur ses gardes. Une situation stable ne peut l'être que temporairement. Il y aura toujours un moment où elle va basculer, et elle le fera de préférence quand tu y seras le moins préparée.

Depuis des semaines entières que tu te couches à pas d'heure alors que pour fonctionner correctement il faudrait que tu puisses être au pieu à 22h au plus tard.

Depuis des semaines -non des mois- que tu n'es pas sortie "entre adultes consentants", petite respiration hebdomadaire somme toute parfaitement vitale.

Depuis des semaines que tu te fais monstrueusement chier au boulot, et là tout à coup tu as un projet le moindrement motivant et qui demande pas mal de préparation, et qu'en plus la date butoir approche vite.

Bref, tu es 1- crevée, 2- tannée, 3- surmenée. Tu as 2-3 trucs à faire en-dehors du cercle professionnel/scolaire/familial aussi, genre préparer un anniversaire ou penser à remplir le frigo. On va dire que c'est secondaire.

Et là tu t'aperçois que ton fils, cet ange, ce lumineux petit garçon, si doux, si apprécié de tous et particulièrement de sa maîtresse qui le trouvait "si gentil" il y a 2 non 3 euh 4? X semaines lors de la réunion d'info / rencontre parents-instits, ton fils, ta lumière, celui qui te donne confiance en tes capacités de parent raisonnablement exigeant, bref ton fils ramène des points jaunes, genre 2 cette semaine, et hier un point rouge. Alerte, alerte.

Sauf que toi tu t'en aperçois le matin où tes 2 enfants en même temps ont décidé, à peine franchi le seuil de leur chambre, de ne pas coopérer, qui pour les tartines, qui pour le chocolat chaud, j'en passe et des meilleures, le matin où tu as lu un article qui t'a copieusement énervée (damned ces perfect mummies, qu'est-ce qu'elles peuvent te faire ch***) dans le journal, le matin où, par conséquent, le lunch de ton fils tu l'as préparé avec plein de culpabilité dedans, le matin donc où la crise pogne dès 7h30 et où elle dure jusqu'à 8h10 passées, moment où tu commences à paniquer parce que personne n'est habillé, la table est toujours pas desservie, les sacs sont pas prêts et il faut partir à 8h30.

Un rouge en comportement. Tu t'en aperçois ce matin-là.

À 8h25.

Tu essaies de tirer les vers du nez à un fiston à poil qui tente vainement de se rappeler pourquoi il a eu un rouge. Tu essaies de rester calme pendant que la voix étouffée du père, derrière la porte de sa chambre, menace de s'énerver. Tu finis par trouver le pourquoi du comment dans un mot griffonné par la maîtresse et comprendre que c'était une vraie bagarre, avec tapes et cris et pleurs, le tout pour un jeu. Tu regardes ta montre il est 8h27, le gamin est toujours à poil tu l'emmènes dans sa chambre pour entreprendre de l'habiller fissa en même temps que tu lui expliques comme tu peux pourquoi il ne faut pas taper, pas crier, partager, se calmer, respirer, aller chercher un adulte, s'éloigner, trouver des solutions, réfléchir, pas taper, pas crier, je sais que c'est dur mais regarde-moi (donne ton pied) il faut vraiment faire des efforts tu sais (l'autre), c'est difficile je le sais (tiens mets ton bras) c'est difficile pour moi aussi (l'autre) quand on est très énervé en-dedans de soi (une jambe) il faut d'abord (l'autre) respirer (passe la tête) très fort (attends, tes boutons), c'est important d'apprendre à se maîtriser (attends, un coup de peigne) pour pouvoir vivre tous ensemble (et tes chaussures elles sont où ?) sans se chicaner à tout bout de champ (attends mets tes bottes il pleut), est-ce que tu as bien compris ?

Où est ton manteau ?

lundi 5 octobre 2009

Petit coup de gueule du matin

Ça ira mieux après.

Donc ce matin, comme (presque) tous les lundis matin, je prends mon panier avec 2 sacs de tissu dedans et en rentrant de poser ma fille à la garderie, je m'arrête à la supérette du coin, Metro pour ne pas la nommer. Comme d'habitude, jusque là tout va bien.

Je remplis mon chariot (je prends les petits), je fais mon parcours habituel dans les rayons, les produits frais en dernier, Comme d'habitude, jusque là tout va bien.

J'arrive à la caisse, le lundi matin c'est toujours cette espèce d'ours mal embouché qui fait office de caissière, jamais bonjour ou alors tout bas et en regardant ses pitons, zéro regard, rien, et pourtant dieu sait si je fais des efforts, la dame-du-jambon (ma copine des lundis matin) vous le dirait. Je vide mon chariot sur le tapis, elle passe les produits au scan et les balance de l'autre côté où elle semble trouver normal que ce soit moi qui emballe. (oui pour les Français qui me lisent, ici ce sont habituellement les caissières qui emballent, de sorte que quand vous le faites/les aidez, elles vous disent merci) Comme d'habitude, jusque là tout va bien.

Et il se trouve que ce matin, bah j'avais besoin d'un sac plastique pour compléter.

Je demande donc un sac pour mettre les 4 boîtes qui restent. "cé5cenneslesac" me répond-on sur le mode "tu me fais chier grosse conne". "Pardon ?" "5cenneslesac".

5 cennes pour 1 maudit sac en plastique.

Je rappelle à toutes fins utiles
que je viens toujours avec mes sacs,
que je mets tout dans mon panier + 2 grandes besaces en tissu,
que je fais mes courses à pied,
que je viens tous les lundis ou presque au même endroit, avec la même caissière.
Que je ne me fais jamais livrer malgré la quantité sur le tapis qui induit parfois une question en ce sens.

Et surtout, SURTOUT, je rappelle qu'ils me connaissent et que &?%$#! c'est toujours comme ça. Pour UNE fois, j'ai besoin d'UN SEUL petit sac, paf ils m'arnaquent de 5 cennes le sac.


Alors mon coup de gueule du matin il est bien simple : faites-les payer vos sacs, hostie, mais pas quand le client a juste besoin d'1 seul sac pour se dépanner, je rappelle que je n'ai que 2 bras et déjà 3 ânes morts à transporter jusque chez moi.

Ah ça, les livraisons à domicile par camionnette c'est gratuit, c'est sûr hein. Mais le sac, 5 cennes le sac. Criss, un peu de bon sens.

lundi 28 septembre 2009

Mes enfants me parlent (23)

Préalable important à la compréhension de toute la saveur de ce qui suit : le papa est depuis des semaines et des semaines (ça a commencé avant l'été c'est dire) en réunion de ceci, réunion de cela, parfois les réunions sont à la maison, parfois ailleurs, au moins 2 soirs par semaine et 1 fois le w.e.. Comme c'est un peu dur d'expliquer le sens des mots "politique municipale en vue des élections" à des enfants de moins de 5 ans, on leur dit que papa est en réunion avec ses amis. Une réunion c'est quooiiiii ? c'est quand on discute et qu'on travaille ensemble.

***

Sortie de garderie, Poussinette et moi marchons vers l'école de son frère en essayant de nous faufiler entre les gouttes d'une averse plus ou moins torrentielle.

Pour passer le temps et parce qu'en-dehors de ce qu'elle a bouffé elle ne se rappelle pas ce qui s'est passé pendant sa journée, nous discutons.

- Hein maman, ya beaucoup d'eau là hein !
- Ah oui c'est sûr. Tu as vu, elle tombe par terre.
- Oui, et elle mouille tout tout tout partout les gens, les voitures, les petits chiens, les araignées, les poneys (?), les bottes, touuuuut tout tout tout mouillé. Et ça fait des gros splashh aussi. Et aussi ma jupe elle est mouillée maintenant, on va la changer à la maison hein !? et aussi mes bas-collants y sont mouillés.
(verbomoteur un peu, le personnage)
- Et quand il pleut pas, qu'est-ce qu'elle fait l'eau à ton avis ?
- Euh, quand il fait beau soleil, la pluie elle est pas là.
- Elle est où tu crois ?
- Elle est dans les nuwages.
- Et qu'est-ce qu'elle fait ? (c'est là que ça devient intéressant)
- Elle trrrravaille.
- Ah bon ?
- Oui. Elle travaille beaucoup tout l'temps tout l'temps.
- Et c'est quoi son travail ?
- C'est des réunions.
- Ah ?
- Oui. Elle est en réunion dans les nuwages. Elle trrrravaille avec ses amis dans les réunions, et elle discuuuuuute, et elle trrrrrravaaaaaaaille, et elle mouille tous les amis.
- Rhoo, elle mouille tout le monde tu crois ? même quand elle est dans les nuages et qu'ellepleut pas ?
- Bah oui, elle mouille tous ses amis de la réunion parce qu'elle veut qu'ils trrrravaillent. (ne pas chercher à comprendre, surtout) Et puis comme ça, les amis ils sont tout mouillés tout mouillés tout mouillés, et ils doivent rentrer chez eux pour changer leurs habits, et ensuite la réunion est finie. Dans les nuwages.

***

Grâce à ma fille, j'ai enfin compris en quoi consistent ses réunions à mon mari : c'est des douches collectives. ;)

jeudi 24 septembre 2009

Travaux

Je me suis dit que j'allais vous montrer comment les choses avancent pas, tiens. Ça nous changera.

Ça c'est en arrière. Le gros tas de bois et de déchets (bouts de verre, morceaux de miroir, lames de couteau...(!!) etc) a fini par disparaître, mais c'est pas nos plaintes de résidents qui leur ont fait peur à ces cochons : c'est l'ordre du capitaine des pompiers. Oui parce qu'il faut imaginer que nous vivions avec ça les soirs, nuits, fins de semaines... et qu'un (ou des) pyromane(s) se promenai(en)t dans le quartier en foutant le feu à gauche et à droite. Bonjour l'angoâsse. L'un des compagnons de ruelle a donc fini par appeler les pompiers en leur demandant bien innocemment ce qu'ils pensaient du tas de bois qui traînait en arrière du chantier. Y'ont fait ni 1 ni 2, et ordonné au chef de chantier (qui a sans doute eu son permis dans une boîte surprise) de ranger sinon pan-pan-fe-fesses.

Maintenant on a donc un grand terrain vague juste en face de notre jardin, le bonheur total, et on s'étonne ensuite que le DIndonneau passe son temps à crever ses pneus de vélo...

(et comble de malheur, le proprio du triplex en question est un 2 de pique qui veut "rin d'ben comp'iqué lo, on vo fâêre un beau parking pis ço vo êt' ben correk lo" bah voyons, un parking pour 3 bagnoles juste là où les enfants jouent tout le temps, ouiouioui... ses arguments ? on trouve jamais de place sur la rue (archifaux, c'est juste ceux qui n'essaient même pas qui disent ça) pis on peut les louer "ben plus châer" les apparts avec stationnement... pfff allez donc lui expliquer l'importance d'une vie de voisinage et d'une ruelle pleine d'enfants à ce genre d'épais)

Ça c'est en avant de chez nous. Après euh, 2 ans je crois bien, de budgétisation, soumission, décidation commune, démarches diverses et variées pour obtenir le *&?%$#@ permis de la ville (6 fois j'ai du y aller, chez cette bande d'&?%$, je voyais jamais la même personne, et à chaque fois il manquait un autre papier, Han mais "on" vous a dit que celui-ci était essentiel ? mais "on" s'est trompé, en réalité c'est le formulaire F-6278-x.34 qui est suffisant, mais il faut qu'il soit étampé en 3 exemplaires par les bureaux du commerce de Tombouctou), emmerdation par l'ébéniste qui a commencé par vouloir nous fourrer de 1000$ rapport que "on va vous faire du sur-mesure mâdâme" alors que non, nous on voulait (et la ville aussi) un modèle en catalogue, production des rambardes en bois lancée en retard because vacances (ha ha ha je ris), et finalement EXPIRATION DU PERMIS à cause de toutes ces conneries, tab*?%$#@.

Ce matin, enfin, ils ont commencé.

Ensuite à nous les joies du vernis, de la peinture et du sablage des garde-corps en fer forgé authentiques et patrimoniaux, toutes choses qui comme de bien entendu n'étaient pas comprises dans le devis.

mardi 22 septembre 2009

Souvenirs à 4 mains

Quand j'étais petite, on passait la moitié de nos vacances dans la maison familiale en Autriche, en plein coeur de nulle part ou presque, au milieu de la forêt, avec 2 ou 3 ribambelles de cousins et des tablées de 14. À l'époque je trouvais que nos vacances étaient super plates comparées à celles des copains rapport que eux, ils allaient 10 jours ici, 2 semaines là, puis encore 10 jours chez Untel, etc. alors que nous, c'était 2 shifts : mer en famille restreinte, montagne en famille élargie. Simple quoi.

Mais à bien y regarder en fait, on en a des souvenirs incroyables. Et comme j'ai une soeur qui blogue (aussi) et qui manque d'inspiration (aussi) (ça doit être de saison), on s'est dit comme ça au détour d'un clavardage sur le ton badin que ça serait donc rigolo de les écrire nos souvenirs de là-bas.
Souvenirs qui sont fortement impregnés de musc animal et de coulées de sang, puisque la majeure partie de nos journées se passait dans la ferme, et que matin et soir une gang d'oncles partait à la chasse - et revenait parfois victorieux, ce qui présentait de nombreuses occasions d'agrandir sa culture générale.

Comme les 4 petits (moins de 6 ans) qui regardent le fermier vider et dépecer le chevreuil tué la veille. Chevreuil qui s'est déjà vidé de son sang dans la grange, accroché à une hesse à l'entrée, à côté de la jeep crade. Donc couteau, intestins, entrailles et tout le tralala, fascination générale. Et une petite voix qui montre les bourses en demandant innocemment ce que c'est et à quoi ça sert exactement.
Hum.
(garder son sérieux surtout)

Ou encore les frayeurs qu'on se faisait mutuellement en jouant à cache-cache. Quand tu trouves personne dans la grange à foin ou dans l'étable, faut aller au frigo. Et au frigo, derrière une lourde porte hermétique au fond d'un des communs, pendouillent souvent plusieurs carcasses plus ou moins fraîches de bestioles diverses et variées. Alors c'est sûr qu'on n'allait pas se cacher "dans" le frigo avec /entre lesdites carcasses sanguinolentes. Mais la perspective de devoir aller jeter un oeil dans la pièce par laquelle il fallait passer pour accéder au frigo me foutait les foies pas possible.

C'était aussi le lieu de tous les apprentissages : ne pas énerver le bouc. Se méfier des coqs. Laisser faire les mouches, on n'y peut rien. Guillotiner un poulet, et essayer de le rattraper dans la cour ensuite. Il existe une photo d'une de mes soeurs en train de plumer le machin étendu sur ses genoux, elle devait avoir 12 ans et les petits cousins à côté 5 ou 6, et ils sont tous en train de se marrer comme des baleines.

Quand on atteignait l'âge de raison, on avait le privilège de pouvoir accompagner un des oncles à la chasse. C'était des soirs de grande excitation, le souper se prenait à 16h30, le départ était donné "à 17h12 sous le marronnier" (et attention, quand c'était 12, c'était pas 13) il fallait être équipé de pied en cap, chaussures de montagne, vêtements sombres, chandail(s) de laine, et surtout surtout surtout : le chapeau à plume, et les jumelles. Bah oui parce que tu vas à la chasse, faut voir quelque chose, c'est ça le principe. (grosses interrogations quand malgré tes efforts tu ne vois rien, jusqu'à ce que tu comprennes que c'est parce qu'elles sont réglées pour adulte, et que toi tes yeux d'enfant son plus rapprochés...)

Donc tu pars avec l'oncle désigné pour ce soir-là. Et selon l'individu, c'était plus ou moins rocambolesque à partir du moment où tu sors de la voiture pour t'enfoncer dans la forêt.

Pour l'un, la chasse c'était la préparation au marathon : ça cavale, ça cavale. Le problème c'est qu'à 7-8 ans, tes jambes sont fatalement plus petites, et que donc t'as du mal à suivre. Donc tu commences par te concentrer sur "rester bien derrière lui" au lieu de regarder si tu vois du bestiau. Tu te concentres tellement, avec en arrière-pensée la consigne "silence absolu", que tu te mets à transpirer comme un malade, tu le vois qui grimpe une pente à 45 degrés comme un cabri et toi tu sais même pas comment tu vas réussir à monter sur le premier rocher, mais faut se suivre, pis faut rester silencieux. Tu souffles, tu sues, tu tousses discrètement pour te racler les poumons, et au moment où tu as l'impression d'y arriver, d'avoir pris ta vitesse de croisière, de pouvoir le suivre sans trop d'efforts, pof ! il s'arrête sans te prévenir, et tu lui rentres dedans, concentré que tu es à regarder où tu mets les pieds. Bah oui quoi, y'a vu kekchoz. Toi tu vois rien, t'as de la sueur dans les yeux, mais lui il a les narines qui palpitent et le regard fixe du prédateur, manque plus que la queue raide du chien de chasse je m'égare.

Pour l'autre, la chasse c'était le moment de communion profonde avec la nature. Et par communion, je veux dire sieste. Demandez-lui, elle en a fait de superbes sur le perchoir. Fait un peu froid à force, il paraît. Pis t'as stupidement les foies que le bestiau te surprenne par derrière alors que tu regardes la nuit tomber sur la montagne. Ou un ours, genre. Les quelques fois où il tirait quelque chose, il arrivait pas à le retrouver dans les fourrés, fait qu'il a fini par s'acheter un chien.

Un soir, je devais avoir 12-13 ans, l'oncle avec qui j'étais (un autre encore) a tué 2 bambis bébé-trucs (oui excusez, les noms techniques je les connais que en allemand). Des petits, dont il m'expliquait en chuchotant et en visant que c'est diiiiiifficile les petits parce qu'il faut suuuuurtout pas faire exploser la panse, et que du coup ça te laisse quand même vachement pas beaucoup de marge pour viser, rapport qu'un petit, ben c'est petit, et que la panse c'est en plein milieu. En gros.
Devinez ce qui s'est passé.

Et la panse, laissez-moi vous dire que ça pue. Pas à peu près.
Sauf que là, le chevreuil il faut le vider sur place. À la nuit tombante, on y voit plus rien. Il lui met des branchettes de sapin dans la bouche, un genre de geste coutumier que le chasseur doit faire, je sais pas trop, sans doute pour rendre hommage à la bébête. Il ouvre le ventre avec son couteau. Il sort les intestins fumants, les balance dans la rivière. Il lui lie les pattes, puis s'attaque au deuxième, celui qui a la panse éclatée. Et là c'est la ca-ca, c'est la ta-ta, c'est la catastrophe, y'en a partout, ça pue 10 fois plus à chaque seconde, des odeurs de rat mort dégueulasses c'est vraiment immonde. Et 15 fois plus dur à vider fatalement. Et les pattes antérieures qui retombent tout le temps sur dans le champ des opérations, fait qu'il finit par me demander de les tenir. Argh.

L'odeur m'est restée 48h sur les doigts. Je me souviens encore avoir fait un de mes pires cauchemars cette nuit-là.

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